Nous lisons, dans le journal « Ouest-France » que, suite à des incidents de chasse à courre, l’ONF a décidé d’installer un grillage de 2,50 mètres de hauteur le long d’un chemin forestier, afin d’empêcher les cerfs poursuivis de se réfugier dans l’étang situé sur une propriété privée voisine et dont les propriétaires ne supportent pas les intrusions des équipages. Il ne fait aucun doute que, si les cervidés se réfugient systématiquement hors des forêts domaniales, c’est que celles-ci sont trop exigües pour la pratique de la chasse à courre.

Clôturer purement et simplement la forêt n’est pas ou pas encore à l’ordre du jour de l’ONF, ce qui reviendrait à enfermer les cervidés dans des clapiers, comme de vulgaires lapins : parlerait-on alors encore d’un « sport ? Par contre, l’Office s'imagine pouvoir satisfaire des propriétaires qui souhaiteraient, d'après lui, vivre derrière un grillage de protection. Que penser d'une Administration qui imagine protéger des personnes supposées plus puissantes que d'autres, en les renfermant derrière un grillage ?

De fait, c’est ici une grosse propriété jouxtant la forêt des Andaines qui est concernée (voir articles ci-dessous et en catégorie Presse). Etrange façon pour un organisme de tutelle d’accorder sa protection moyennant en la circonstance un arrangement avec le prédateur, M. Vuitton, pour que la clôture soit réalisée à ses frais. Faut-il comprendre que tous ceux qui ne souhaitent pas vivre enfermés et cloîtrés dans leur propriété (ou qui sont moins dotés) doivent assumer les risques de voir débouler l'animal chez eux, pour le plus grand plaisir des veneurs dont le droit de suite hors de la forêt n'est dans cette affaire nullement contesté dans son principe ?

L’ONF ne devrait-elle pas plutôt, dans de telles circonstances, renoncer aux adjudications de chasse à courre au cerf, et se contenter d’autres modes de chasse, qui ne manquent pas ? Les équipages eux-mêmes, s’ils avaient la moindre fierté, ne devraient-ils pas renoncer à postuler ? D’où peut bien venir un tel entêtement ? Les veneurs, qui y sont très attachés, croient-ils vraiment qu’ils vont continuer longtemps à faire l’admiration du « petit peuple », si ils chassent dans de telles conditions ? Non, tout ce qu’ils obtiendront ce faisant, c’est le profond mépris du plus grand nombre, qui finira bien par comprendre que tout cela n’est que simulacre de courage, et affaire de gros sous. Que les veneurs se contentent donc de chasser sur le territoire qui leur est alloué, comme doivent le faire tous les autres chasseurs sous peine de poursuites pénales, et rappellent leurs chiens en temps utile, nous ne demandons rien de plus, si ce n’est qu’une loi explicite les y contraigne !

Car, enfin, que devient le principe d’égalité devant la loi si, d’une part, les chasseurs des chasses à tir risquent les plus lourdes sanctions s’ils s’avisaient de pénétrer ne serait-ce que d’un centimètre sur le territoire d’une forêt domaniale ou d’une autre société de chasse, alors que les veneurs seraient en droit, comme ils le prétendent eux-mêmes, de poursuivre le gibier des Pyrénées au Pas de Calais et si, d’autre part, les propriétaires devaient supporter les intrusions de ces petits messieurs alors qu’eux-mêmes seraient traités comme des délinquants si l’un d’entre eux s’avisait d’aller dérober une pomme dans leur jardin ?