Nous venons de mettre à jour notre Page « ARTICLES DE PRESSE », et invitons nos visiteurs à la consulter dès maintenant. Ils verront que les incidents ou accidents ou nuisances occasionnés par la chasse à courre au cerf ne sont pas que des « exceptions tout à fait rares ». Recueillant toutes ces informations, nous avons souhaité aussi exposer les avis différents qui s’expriment au sujet de la chasse à courre, y compris les avis que nous ne partageons pas, de manière à éclairer sous tous ses angles le(s) problème(s) soulevé(s).

Nous tenons toutefois à rappeler ici notre point de vue, afin qu’il n’y ait aucune équivoque.

A plusieurs reprises, nous avons été interpellés par les « opposants à la chasse », à toute forme de chasse, qui nous jugent bien mous et inconsistants dans notre action : nous n’irions pas assez loin puisque nous ne réclamons pas l’abolition pure et simple de la chasse à courre. Nous savons qu’une proposition de loi en faveur de l’abolition fut déposée au parlement déjà en 2005, suivie d’une seconde puis d’une troisième présentée tout récemment encore par quelques députés.

Les motifs majeurs invoqués en faveur de l’abolition restent constants : la cruauté envers l’animal –barbarie d’un autre âge, et l’origine sociale des veneurs – la chasse à courre est une pratique de riches privilégiés. Pour les abolitionnistes, l’indignation devant la violence faite à l’animal se conjugue avec la révolte face à l’arrogance des veneurs souvent teintée de mépris pour quiconque ne partage pas les hautes valeurs de la vénerie. Depuis peu, ils ajoutent un argument supplémentaire: la vénerie ne régule rien, ou si peu.

A quoi la vénerie répliqua très tôt sur son site officiel : les partisans de l’abolition appartiennent toujours à la « mouvance animaliste » (celle qui « vise également l’élevage, la consommation de la viande, les laboratoires de recherche, le cirque, la corrida, la fourrure,… »), et l’accusation d’ « aristocrates d’Ancien régime » est injurieuse puisque les 10 000 veneurs qui chassent en France viennent « d’horizons les plus variés… (et) sont le reflet de la plus grande mosaïque sociale de ce pays ».

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Nous serions mal à l’aise à vouloir trancher dans un débat qui nous semble en effet bien mal posé. Compte tenu de notre expérience locale, qui nous a conduit à nous rassembler et agir, nous avons plutôt la conviction que la chasse à courre est désormais en grande partie une pratique de notables portant des noms sans particule, soutenus et suivis par des participants plus humbles, un peu comme des servants suivent et accompagnent les seigneurs dans leur loisir favori. Mais les quelques présidents d’équipage qui semblent encore de vieille et noble extraction s’exhibent peut-être plus pour la forme, bien qu’aussi et sans aucun doute pour l’esprit.

C’est ce dernier trait qui mérite d’être souligné: aristos ou pas, ils font preuve ici d’une superbe, d’un dédain et d’une indifférence notoire aux dégâts que leur pratique occasionne parfois lors des accidents, ceux-ci ne relevant pas du tout d’une exception statistique mais d’une dérive toujours contenue et possible dans leur logique de chasse : sortir et poursuivre l’animal hors de la forêt quoi qu’il arrive. Nous sommes maintenant nombreux à pouvoir témoigner que même le moins haut perché dans la hiérarchie sociale sait vous ignorer souverainement si vous ne partagez pas le feu de sa passion, si vous lui démontrez que cette logique est aveugle.

Reconnaissons donc que ce trait « de caractère » n’est plus du tout aujourd’hui le privilège des nobles d’autrefois, mais celui très répandu des roturiers les plus parvenus ou de nos hauts fonctionnaires, de nos « gagnants » (« winners » dans la langue officielle) suivis de leurs aspirants. Autrement dit, la charge symbolique que les abolitionnistes voudraient faire peser sur ces « représentants de l’Ancien régime », il faut au contraire l’élargir au commun des élites de l’oligarchie : des députés chassent à courre, ou participent aux chasses présidentielles, mais aussi des avocats, hommes d’affaire, professions libérales, élus locaux, … Et des petites mains pour leur servir la soupe, il n’en manque jamais.

Cela dit non pas, certainement pas pour donner raison à la vénerie : « reflet de la plus grande mosaïque sociale », elle n’en est pas moins porteuse d’un esprit de classe et de caste tout à fait intolérable. Encore une fois, le suiveur le plus humble socialement est capable, face à un habitant faisant valoir ses droits fondamentaux à la sécurité et à la protection, du même rejet sans condition que le notable le plus élevé : « vous n’êtes que des écolos anti-chasse ». Combien de fois l’avons-nous entendu et l’entendrons-nous encore !

Concernant maintenant la cruauté envers l’animal, nous observons deux choses. La vénerie prétend que les abolitionnistes, plus largement les écologistes parmi lesquels elle les range, œuvrent ni plus ni moins à une rupture radicale dans les relations entre l’homme et l’animal. N’y a-t-il donc pour toute relation entre l’homme et l’animal que la chasse, voire la chasse la plus cruelle ? L’argument est hypocrite et veut noyer le poisson dans le bain des abstractions. Nous savons que parmi les membres de l’équipage de Grésigne, un haut fonctionnaire et magistrat, par ailleurs romancier, a chanté la valeur du sacré attachée à la participation authentique de l’homme –veneur cavalier- à la Nature. Et la curée, et l’animal blessé en cours de poursuite (et même parfois dès le départ aux dires de quelques témoins), feraient partie de cette exaltation de la Nature où l’instinct des chiens, leur flair et leur stratégie, et de même celui du cerf dans son acharnement à fuir et déjouer la meute et la ruse des hommes font l’objet d’une « égale » admiration. Cela précisément pourrait être une trace de l’Ancien régime, identifiée aujourd’hui à la barbarie.

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Mais à barbarie, barbarie et demie : en effet l’élevage industriel, les abattoirs, la capture des animaux pour le cuir et la fourrure ou encore les expérimentations en laboratoire, et même certaines formes de domesticité,… c’est là notre barbarie moderne. Lorsque la vénerie rassemble toutes ces formes de cruauté autour de la sienne propre, c’est pour mieux les défendre toutes contre la « mouvance animaliste ».
En revanche, qui s’indigne devant la cruauté spectaculaire et symbolique de la chasse à courre ne peut fermer les yeux sur tous ces autres traitements cruels infligés aux animaux. De ce point de vue, et sans devoir appartenir à cette « mouvance » (l’ennemi dont la vénerie a besoin pour soutenir sa pratique et sa logique de chasse), nous ne pouvons que poser le problème sérieux du rapport de l’homme à l’animal, non plus en termes sacrés et mythiques, mais en raison de la destruction des espèces à laquelle œuvre obstinément notre société industrielle tant par distraction que par profit. Avant même d’évoquer la disparition des espèces due aux attaques orchestrées de l’environnement, chaque jour des centaines de bêtes non chassées meurent écrasées sous les roues de nos voitures : chiens, chats, lapins, poules, blaireaux, ragondins, oiseaux, chevreuils, sangliers… Car sur les routes de France ce n’est pas l’animal qui est roi, mais l’automobiliste. On ne peut décemment contourner ce désastre banalisé.

Autrement dit, c’est bien injustement qu’on vise la chasse en général comme unique source de cruauté envers l’animal. De fait, toutes les chasses ne sont-elles pas cruelles ? Mais la cruauté n’est-elle pas en réalité une abstraction que chacun peut manier à sa guise pour sa propre cause ?

Certaines chasses participent réellement à la régulation, lorsqu’elles ne sont pas que des opérations d’abattage en règle. Mais de quelle régulation parle-t-on ? D’une régulation nécessaire face à la prolifération des prédateurs ? Ou de celle qui a consisté à peupler artificiellement certaines forêts de cervidés, lesquels se reproduisant en grand nombre et ne trouvant plus rien à manger en forêt, quittent celle-ci pour s’installer sur les territoires des communes voisines, là où les amicales de chasse s’en inquiètent et n’arrivent plus à faire face à leur prolifération croissante?

(Et à cet égard, on ne dira jamais assez en effet que la chasse à courre régule très peu : en Grésigne, 12 cerfs pour l’équipage, pour 88 cerfs confiés aux chasseurs à tir. Elle ne saurait donc justifier son existence par ce rôle prétendu de régulateur).

Il faut certes aborder franchement ces questions avec les chasseurs, avec ceux qui sont le plus ouverts à ce partage et qui ne s’en remettent pas au « puissant lobby » de la chasse pour les résoudre. Enjeu de taille, à l’heure où les Fédérations départementales de chasse ont la charge, dans la rédaction du schéma cynégétique, d’inclure des obligations de sécurité ; on aimerait qu’elles ne concernent pas que la sécurité entre chasseurs et prennent en compte celle des non-chasseurs.

D’où notre position depuis le début : que la chasse à courre se cantonne strictement sur son domaine d’adjudication et n’en sorte plus jamais. Et s’il s’avère que sur tel périmètre domanial jugé trop étroit elle ne peut se pratiquer pleinement, alors oui : qu’on ne lui délivre plus aucune adjudication !

« Vous voulez que la barbarie reste invisible, planquée en forêt, vous jouez les Ponce-Pilate », dira-t-on ? Nullement : cantonner la chasse à courre en forêt, c’est au contraire contraindre les équipages à renoncer à poursuivre hors de la forêt, autrement dit laisser vraiment au cerf toute sa chance ! Tant il est vrai que c’est à la façon dont les hommes traitent les animaux qu’on mesure comment ils peuvent se traiter entre eux.

C.E.R.F. de Grésigne