M. Roland DOURDIN nous a joint récemment. Il a pris connaissance de notre blog. Il souhaitait prendre de nos nouvelles en même temps que nous en donner sur l'affaire qui l'oppose à M. P.L. Vuitton, maître d'équipage chassant en forêt des Andaines. Il nous communique à l'occasion des photos (ci-dessous) qui montrent l'installation du grillage de la honte: sur 3 kms de pourtour, la clôture encadre en U 182h de sa propriété qui bordent son étang. Les animaux, habitués depuis toujours à se diriger vers cet étang pour venir s'y abreuver, ne pourront que se prendre dans le grillage auquel ils seront acculés par la meute, un piège mortel quoiqu'en disent les veneurs de cet équipage.

M. Vuitton ne pratique donc pas seulement la chasse à courre, il pratique aussi avec élégance le carnet de chèque: 150 000E de location annuelle de la forêt des Andaines en tant qu'adjudicataire, 80 000E déboursés pour la pose à ses frais de ce grillage, qu'il aurait préféré ne pas installer, dit-il, pour louer plutôt à M. et Mme Dourdin le droit de chasse sur leur propriété moyennant une somme rondelette...que les Dourdin ont refusée.

Voilà bien l'inacceptable pour M. Vuitton: qu'un propriétaire lui refuse le droit de chasser chez lui. M. Dourdin nous apprend encore que sur une propriété voisine, qui possède également un étang, M. Vuitton a carrément acheté l'étang au propriétaire pour une somme non négligeable.

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Refuser de se laisser acheter: c'est la première forme de résistance à cette pratique "moderne" de la chasse à courre qui non seulement n'hésite pas à payer très cher son droit de chasse à l'ONF comme chez les privés, mais s'empresse encore d'acheter le silence des victimes d'intrusions ou d'accidents, leur promettant des dédommagements à la hauteur des dégâts matériels occasionnés. "Au civil" on s'arrange toujours, pourvu qu'on évite le pénal. Gageons que cette tactique marchera de moins en moins.

M. Dourdin offre par ailleurs un témoignage des plus précieux, puisque lui-même est un ancien veneur, devenu ensuite simple chasseur à tir en raison de désaccords majeurs sur la pratique de la chasse à courre de l'équipage avec lequel il chassait. De ce point de vue il certifie que, contrairement à la défense habituelle des veneurs en cas de pépin -"il est difficile de rappeler une meute de chiens lancée à la poursuite de leur proie, ça prend du temps", ces chiens de meute sont des chiens d'ordre et le maître-chien peut les rappeler sans trop de mal et assez rapidement. Ce qu'il demandait à M. Vuitton de faire chaque fois que l'animal chassé se rapproche de son étang; il n'était pas contre le passage de la meute et du cerf sur ses terres, mais il s'oppose à la pratique assez courante qui consiste à acculer le cerf vers l'étang où les chiens qui ne le lâchent pas le contraignent souvent à la noyade.

Il semble que des riverains commencent là-bas aussi à donner de la voix. Voir notamment après les photos, le témoignage de Mme Georgette H, habitante de cette région à proximité de la forêt des Andaines.

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ONF: L'APPÂT DU GAIN

Georgette H. (champsecret), le mardi 05 octobre 2010

Ce qui me paraît le plus scandaleux dans cette affaire c'est la politique de rentabilité immédiate de l'ONF appelée sans doute par le gouvernement à faire rentrer de l'argent dans les caisses, sans se soucier du préjudice infligé à la faune de la forêt domaniale: en effet ce grillage est un piège mortel pour les cerfs les jours de chasse à courre. Ils iront s'empaler sur cette clôture qui sera alors fermée. D'autre part, le terrain sur lequel a été érigé ce grillage est public; rappelons que M.Vuitton a beau débourser 170000 euros par an pour son droit de chasse, il n'en demeure pas moins qu'il n'est aucunement propriétaire de ce terrain! Non seulement il a agi sans concertation avec Mme Dourdin, mais il n'a jamais demandé l'avis des habitants riverains qui fréquentent la forêt.

Lorsqu'il demande à l'ONF d'interdire les routes forestières réservées dès lors aux "ayants-droit" comme il est indiqué sur les panneaux d'interdiction, on peut légitimement se demander qui sont ces "ayants-droit"? Seulement ceux qui participent aux chasses du "seigneur"? Ceux qui paient, comme des manants du moyen-âge pour suivre ces chasses aristocratiques d'un autre âge? Est-ce que les "ayants-droit" en forêt d'Andaine ne sont pas plutôt les gens qui comme moi aiment et fréquentent la forêt depuis des générations, qui habitent à l'orée du bois et qui ne débarquent pas de Paris une fois par semaine à grands frais pour tuer des animaux dans un endroit devenu camp de concentration à cause de ce fameux grillage?

Le journal Le Monde a fait la semaine dernière un grand article d'une page sur le malaise des agents de l'Onf, tiraillés entre la politique de rentabilité à tout prix de la forêt et leur éthique de gardiens du patrimoine naturel. J'aimerais savoir ce qu'en pensent sincèrement les gardes forestiers de la forêt d'Andaine: peut-être une idée d'enquête pour Patrick Brionne (Ouest-France) qui semble avoir pris ce problème à cœur et que je félicite pour ses articles! Merci